ETHNICITE, COLONISATION ET TRIBALISME

CHAPITRE – III

ETHNICITE, COLONISATION ET TRIBALISME

Article tiré d’un ouvrage à paraître « PANSER L’AFRIQUE »

Aussi longtemps que nous pouvons remonter dans l’histoire « la plus ancienne de toutes les sociétés, et la seule naturelle, est celle de la famille. Encore les enfants ne restent-ils liés au père qu’aussi longtemps qu’ils ont besoin de lui pour se conserver ? Sitôt que ce besoin cesse, le lien naturel se dissout. Les enfants, exempts de l’obéissance qu’ils devaient au père ; le père, exempt des soins qu’il devait aux enfants, rentrent tous également dans l’indépendance. S’ils continuent de rester unis, ce n’est plus naturellement, c’est volontairement ; et la famille elle-même ne se maintient que par convention », écrivait Jean-Jacques Rousseau dans Du contrat social. Plus le besoin de se conserver est entretenu, moins l’enfant est tenté de rompre les liens naturels familiaux. L’organisation sociale africaine, particulièrement Kongo, part du village et au fur et à mesure que la famille s’agrandit et que les membres s’exilent pour créer à leur tour d’autres villages, ils voyagent avec la culture, la langue, la religion, les traditions, le monde sensible originels et restent quoi qu’il en soit affiliés à l’ancêtre créateur : dès lors on parle d’ethnie, de groupe ethnique ou de communauté ethnique. Et n’en déplaise à certains anthropologues qui remettent en cause le terme d’ethnie, nous convenons avec Max Weber que « l’appartenance à une ethnie ou « ethnicité », est le sentiment de partager une ascendance commune, que ce soit à cause de la langue, des coutumes, de ressemblances physiques ou de l’histoire vécue (objective ou mythologique). Cette notion est très importante sur le plan social et politique car elle est le fondement de la notion d’identité. »[1]

Les chefs de village veillent naturellement au devoir de conservation du lien familial et social à partir d’un partage équitable des biens, un respect des droits naturels (physiologiques et de sécurité), une recherche permanente du consensus dans la résolution des problèmes susceptibles d’opposer les membres. Dès lors, le référent, le chef n’a pas besoin de politiser la masse, ni de convaincre tant son autorité relève de sa responsabilité de père de famille et d’une application vertueuse de la morale familiale qui rassemble aussi bien la solidarité, le droit et le devoir d’aîné, l’assistance mutuelle, l’entraide, le partage, et la recherche permanente du consensus. Un consensus qui émerge non pas d’une mais d’une autocritique car « la tradition veut que les conflits qui éclatent dans un village soient débattus en public. Autocritique en commun bien sûr, avec cependant une note d’humour parce que tout le monde est détendu, parce que nous voulons tous en dernier ressort les mêmes choses. »[2]

Les ethnies, les familles, cohabitant en bonne harmonie entre elles. Quelques soient les problèmes de la vie quotidienne qui contrarieraient les relations paisibles existantes, les ethnies se rapprochent et créent des communautés beaucoup plus vastes considérées de tribus. Si naturellement et souvent en référence à l’âge (synonyme de sagesse) les chefs des différentes ethnies reconnaissent un chef de tribu entre eux, il n’est pas de la culture des négro-africains, particulièrement des Kongo de mener de campagne politique de séduction pour s’admettre chef tant la préoccupation du chef n’est pas de faire valoir un pouvoir mais d’exercer une autorité qui lui est naturellement reconnue.

Toutefois la société négro-africaine décrite précède celle ayant rencontrée le colonialisme, le christianisme et l’islam et qui a été rapportée au XIVe siècle par l’historien arabe Ibn Battûta comme étant une société où les actes de violence étaient rares et « de tous les peuples, c’est celui (parlant du peuple d’Afrique noire) qui est le moins porté à en commettre… De toute l’étendue du pays, il règne une sécurité parfaite; on peut y demeurer et voyager sans craindre le vol ou la rapine. »

à l’arrivée de Pierre Savorgnan de Brazza au Kongo de la rive droite après que Henry Morton Stanley ait occupé la rive gauche du fleuve, le Kongo avait déjà connu la barbarie guerrière venue avec l’occupation étrangère notamment portugaise, la christianisation forcée des Kongo, la scission de l’empire en plusieurs royaumes indépendants, les incendies des villages entiers pour effacer les traces de mémoire originelle ignorant que l’« on ne se débarrasse pas de l’Afrique, pas plus que personne des racines qui le portent et de l’air qu’il respire » comme le confirmait Emmanuel Mounier dans La lettre à un ami africain ; au-delà, le vol des terres à partir des mises obligatoires sous tutelles fait écrire le « vieux » leader africaniste du Kenya, Jomo Kenyatta dans Au pied du Mont Kenya à partir de l’exemple des Gikuyu qu’« (…) en volant les terres des Gikuyu, l’Européen les prive, non seulement de leur gagne-pain, mais du symbole matériel qui unit la famille[3] et la tribu. Ce faisant, il détruit les fondements sociaux, moraux et économiques du système de vie des Africains » [4] dès lors que les négro-africains gèrent leur suffisance alimentaire par l’agriculture vivrière, la chasse, l’élevage qui sont des activités communautaires solidaires.

Malgré les péripéties assassines et meurtrières des périodes de l’esclavage et de la traite des noirs, les Négro-africains ont su conserver les valeurs traditionnelles essentielles de la vie solidaire et de bonne harmonie entre ethnies. Aussi multiples étaient les chefs ethniques sur l’étendue du Kongo, ils assumaient leur responsabilité en dehors de toute prétention de supériorité ou de se vouloir chef des autres chefs.

Pierre Savorgnan de Brazza et Henry Morton Stanley réactivèrent la division violente entre les chefs en imposant pour le chef Téké Makoko de Mbé comme représentant suprême du peuple Kongo de la rive gauche et le chef Téké Ngaliema, celui du Kongo de la rive droite promettant à ces chefs qui vivaient tranquillement en toute quiétude des protectorats que d’ailleurs ils ne connaissaient ni la raison, ni la nécessité. Pour conquérir les terres, ils suscitèrent et organisèrent des guerres entre tribus sans que ceux-ci se préoccupassent de la perte de leurs terres mises sous tutelles française et belge. Une manière de faire hérité de l’esclavage consistant à « diviser pour mieux régner » du latin « Divide ut regnes » : ainsi s’explique l’idéologie du tribalisme. Les Européens, de tout temps, ont fait recours au tribalisme pour semer des discordes entre ethnies, tribus, et enfin s’imposer comme tuteurs, protecteurs des différents groupes sociaux avec pour finalité : s’approprier les terres africaines avec le concours de l’islamisme et du christianisme, de la franc-maçonnerie et de la Rose croix plus tard. A raison, Fodé Diawara rappellera que : «  le tribalisme est un fait nouveau sous les tropiques, une rupture de l’ancien équilibre entre les différentes tribus, consécutivement à la traite des Noirs, à l’islamisation, à l’évangélisation, à la colonisation. Ainsi, l’introduction d’armes à feu perfectionnées à conduit à la destruction des rapports d’équilibre, ce, à l’avantage des tribus côtières sur celles de l’intérieur ; quant à la traite des Noirs, elle a instauré, entre les tribus, la méfiance, l’hostilité et la guerre. Le colonisateur a trouvé, dans une situation créée par lui, un bon prétexte à son intervention. Il s’est chargé par la suite d’entretenir un état de tension permanente entre les tribus pour justifier sa présence dans les colonies au-delà de sa dite œuvre de pacification. »[5]

En octobre 1880, Savorgnan de Brazza favorise le premier établissement français à Mfoa. L’expansion coloniale est en marche. La France dépêche des émissaires qui font signer, en toute ignorance des chefs ethniques des traités, comme celle signée avec Makoko de MBé, ne citant que les chefs Loango et Kongo. Les missionnaires s’installent à Linzolo en 1883 et construisent une chapelle en 1885. Ils créent en 1886, un vicariat apostolique, une juridiction religieuse avec à la tête Monseigneur Carrie qui participera pour faire de la rive gauche du Kongo, un territoire du Moyen-Congo, appartenant à l’ensemble des colonies du gouvernement général de l’Afrique-Equatoriale (AEF) avec l’Oubangui-Chari, le Tchad et le Gabon en 1910.

L’Etat colonial est ainsi posément confirmé avec un gouvernement politique, une stratégie économique fondée sur le pillage massif et l’exportation des matières premières, le tout porté par le christianisme car « les organismes sociaux » comme le révèlent ajustement Marie-Dominique Perrot, Gilbert Rist et Fabrizio Sabelli « ont toujours besoin de « divinités » pour se reproduire. Ce sont leurs croyances qui assurent, en dernière instance, leurs cohérences et qui délimitent leurs horizons. Croyances, connaissances et comportement sont ainsi intimement liés. »[6]

L’AEF sera un grand ensemble propice pour les compagnies concessionnaires telles que la SCKN (Société Concessionnaire du Kouilou-Niari), la C.C.S.O (Compagnie Concessionnaire de la Sangha-Oubangui, la CFAO (Comptoirs Français de l’Afrique Occidentale, la SHO-Congo (Société de Haut-Ogoué et du Congo) qui renforcèrent l’exploitation du caoutchouc, du bois et d’autres produits tropicaux avec le travail forcé, les mauvais traitements des travailleurs négro-africains. Les contestations du peuple forcé au travail menèrent à la mise en place d’une commission qui n’eut pour compte-rendu que le silence de la complaisance. Afin de facilité l’évacuation des matières premières vers la France, la construction d’un chemin de fer Congo-Océan reliant Punta Negra (Pointe-Noire) et Mfoa (Brazzaville) fut décidée avec un premier coup de pioche en 1921 sous gouvernance de Victor Augagneur : un « effroyable consommateur de vies humaines » dénoncera André Gide dans Voyage au Congo.

Albert Londres ou André Gide dans Terre d’ébène et Retour au Congo rapportent qu’il y aurait eu 17 000 personnes mortes en raison du travail forcé pendant la construction du chemin de fer.

Dès lors que la France tirait profit d’utiliser les nègres dans des travaux forcés et obligatoires, il était de raison pour elle et l’Espagne de ne pas ratifier en 1930 la convention internationale contre le travail forcé proposée pendant la Conférence générale de l’Organisation internationale du Travail à Genève organisée par le Conseil d’administration du Bureau international du Travail en juin 1930. Toutefois, tout au long de l’histoire coloniale, « la colonisation a reposé sur un état d’exception permanent à l’encontre des indigènes. », comme le rapportait Olivier Le Cour Grandmaison, lors d’un entretien au Figaro Magazine le 17 décembre 2005.



[2] Frantz Fanon, Op cit, p.15

[3] La famille est l’institution de base sur laquelle repose la société africaine. Ses principes fondés, sur l’entraide, la solidarité et l’entente renforcent le naturel de son importance, l’Afrique se caractérisant par l’affectivité, le fraternalisme.

[4] Ed. Maspero – Paris.

[5] Le manifeste de l’homme primitif – Ed° Leméac – page 109

[6] « La mythologie programmée » – Presses universitaires de France – 1992; Collection « Economie et Liberté », dirigée par Jacques Attali et Marie Guillaume – p.49

QUELLE SORTE DE RELATION L’AFRIQUE DOIT-ELLE ENTRETENIR AVEC LA FRANCE?

Nous restons convaincus des raisons fondamentales pour lesquelles l’Afrique et la France doivent entretenir des relations privilégiées. Certes, il est souvent fait état d’une histoire commune. Cependant, nous ne pouvions soutenir l’idée d’une histoire commune entre un peuple réduit à l’esclavage, un peuple colonisé et les maîtres, les colonisateurs. L’Afrique noire n’a pas d’histoire commune avec la France et il faut être doué d’ignorance que de penser qu’il y eut pendant la colonisation des colonisateurs humanistes, pour ne citer ici que Savorgnan De Brazza. Tellement humaniste, que le président de la République du Congo Denis Sassou-Nguesso a poussé l’audace de l’ignorance jusqu’à déterrer ses restes et celles de sa famille le 1er octobre 2006, du cimetière chrétien des Brus, dans le quartier d’El Madania sur les hauteurs d’Alger, où ils reposaient depuis 1905, pour être transférés vers Brazzaville. Et en colonisé bien acculturé, il les installera dans le mausolée construit pour la circonstance, lourd financièrement d’entretien, tout en privant dans le même temps les colonisés libres de bénéficier de leurs ressources financières. Aimé Césaire abordant la colonisation dans Discours sur le colonialisme parle « de sociétés vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaire possibilités supprimées ». Est-ce cela l’humanisme ? Dans L’existentialisme est un humanisme, Jean-Paul Sartres en énonçant que « l’existence précède l’essence » affirmait justement que « l’homme est condamné à être libre ». Les Négro-africains ont-ils été libres pendant la colonisation ? Ceux qui prônent l’existence d’un colonialisme-humanisme seront ici nommés des aliénés effectifs et ceux qui pensent que la colonisation avait du bon, nous les qualifions de fourvoyés.

La colonisation s’oppose foncièrement à l’humanisme et aucun oxymore ne peut rassembler les deux, même dans l’absurde insolence de l’ignorance. Les négro-africains ne peuvent défendre la thèse d’avoir une histoire commune avec la France, avec leurs colonisateurs et leurs esclavagistes tant « entre colonisateur et colonisé, il n’ y a de place que pour la corvée, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies » comme le faisait constater Aimé Césaire et nous ne pouvons oublier ne pensant qu’à Patrice Lumumba écrivant à l’aube des indépendances « les fusillades dont périrent tant de nos frères, les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d’une justice d’oppression et d’exportation. »

La maitrise de cette mémoire historique devrait nous placer dans une position d’avertis dans la reconsidération de nos rapports, nous négro-africains libres, avec la France. Mais, il ne suffit pas de nous sentir libres pour nous convaincre de l’être, car l’esclavage et la colonisation ont instillé une déconfiture cérébrale à des millions d’africains « à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme » révélé par Aimé Césaire. Nous sommes suffisamment outillés pour entretenir avec la France une relation singulière à partir des séquelles générées par la colonisation, non pas comme le préconisait Aimé Césaire, en inversant le sens de l’histoire et en faisant des premiers, les derniers, mais pour arriver à bâtir un monde plus humain où les spécificités culturelles, les civilisations diverses, les modes de concevoir le monde sensible de chaque peuple, chaque groupe socioculturel, sont des pièces montées mises bout à bout forment un puzzle harmonieux de l’univers.

Encore faudrait-il que nous nous affirmions à partir de ce que nous sommes pour pouvoir apporter la pièce utile à l’harmonisation du puzzle !

Sachant les tares comportementales de la France dans son rapport avec l’Afrique, nous pouvons ajuster une relation respectueuse des intérêts de deux pays.

Aimé Césaire, démentant l’accusation d’être un « « ennemi de l’Europe » et un prophète du retour au passé anti-européen » avouait que « le grand drame historique de l’Afrique a moins été sa mise en contact trop tardive avec le reste du monde, que la manière dont ce contact a été opéré ; que c’est au moment où l’Europe est tombée entre les mains des financiers et des capitaines d’industrie les plus dénués de scrupules que l’Europe s’est « propagée » ; que notre malchance a voulu que ce soit cette Europe-là que nous ayons rencontrée sur notre route et que l’Europe est comptable devant la communauté humaine du plus haut tas de cadavres de l’histoire ». Si nous voulons créer une relation respectueuse des peuples, de leurs cultures singulières, des intérêts bilatéraux, nous ne devons pas perdre de vue que tôt ou tard, avant ou après, capitaliste ou communiste, pauvre ou riche, la relation de l’Europe découvrant l’Afrique a, depuis l’esclavage, la colonisation jusqu’à la décolonisation, toujours été animée par des valeurs de supériorité, de pillage, de vol, de domination. Dès lors, il nous revient de devoir convenir ensemble une nouvelle relation à entretenir avec la France sans qu’elle soit celle d’une francophonie dictée par la seule volonté du maître consistant à maintenir les pays noirs africains dans le moule de leur complexe de supériorité avec pour valeurs erronées : une histoire commune et une langue commune !

Alors même que l’Afrique noire demeure une proie à la portée des prédateurs, du fait de ses richesses naturelles, l’histoire de la colonisation et de l’esclavage ouvre aux esclaves et aux colonisés d’hier, aux esclavagistes et colonisateurs d’hier, les portes d’une relation bâtie sur l’altérité et la consolidation des intérêts, les différences culturelles, sociales des uns et des autres étant connues et ne pouvant plus être niées. La comparaison n’étant pas un fort de la raison, nous ne pouvons hélas nous empêcher de faire un parallèle sans confondre les faits historiques de la relation de l’Allemagne et de la France après l’histoire horrible et dramatique qu’Hitler a fait subir à cette dernière. Mais une relation respectueuse des valeurs de liberté de l’Afrique noire avec la France n’est possible que si les négro-africains se délivrent de toutes les séquelles de l’esclavage et de la colonisation par la réappropriation des valeurs intrinsèques qui fondent leur liberté effective. Autrement, dès lors que les Noirs africains cherchent à s’affirmer dans des référentiels étrangers à leur monde sensible, à leur peuple, ils seront toujours otages d’un dominant, d’un colon, fût-il la France, la Hollande, l’Angleterre, l’Amérique, le Portugal ou la Chine.

Toutefois, la colonisation ou l’esclavage est d’une époque révolue ; nous sommes entrés dans des rapports de force fondés sur des intérêts économiques. L’Afrique suscite bien des convoitises en raison de ses ressources et de son espace naturel. Les choix d’orientation de nos politiques de développement dépendent de nous, du moins si nous admettons assurer notre liberté. A cet effet, nous devons définir les critères de notre liberté afin que celle-ci ne soit pas une illusion gérée par des concepts étrangers donc par les créateurs desdits concepts. Nous en retiendrons ici quatre points dont certains seront développés plus loin :

- un mode de désignation légitime du représentant suprême qui ne soit pas assujetti à un financement exorbitant prêté par l’étranger et qui le suspend aux appétits des prédateurs prêteurs ;

- une indépendance financière que le président Modibo Keïta, panafricaniste, toujours à la pointe du combat pour la liberté disait : « Notre liberté serait un mot vide de sens si nous devions toujours dépendre financièrement de tel ou tel pays » ;

- une obligation d’associer le peuple aux décisions d’exploitation des ressources naturelles nationales et d’industrialisation économique avec pour objectifs : le transfert de technologies, la formation et la création des emplois. Dès lors, un président ne peut seul décider de l’exploitation d’un bien appartenant à l’ensemble. Ce qui de surcroît le protégerait de toute corruption ;

– la création d’une bourgeoisie locale au service de la nation et du peuple.

 

Avec la France, si nous nous impliquons de façon claire et déterminée, nous pouvons nous accorder sur une politique de transfert de technologiques jadis souhaitée par Jean-Pierre Cot, ministre délégué chargé de la Coopération et du Développement, en 1981, tout en s’inscrivant dans un élan d’aide au retour d’une diaspora, formée aux métiers pour lesquelles il manque de professionnels dans le pays natal.

 

Tiré de l’ouvrage MALI – LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT – Editions l’Harmattan

Quelle armée pour l’Afrique ?

 

A QUOI SERVENT LES ARMÉES NOIRES AFRICAINES ?

 PEMOT

En 1960, alors que la Fédération du Mali (regroupant le Soudan français et le Sénégal) accède à l’indépendance, Modibo Kéita, instituteur de brousse, de Bamako, de Sikasso et de Tombouctou, panafricaniste et tiers-mondiste convaincu,  est nommé chef du gouvernement. Après l’éclatement de cette fédération, le 22 septembre 1960, il proclame l’indépendance du Soudan français qui devient la République du Mali. Il en devient le président.

Le 19 novembre 1968, Moussa Traoré, militaire de carrière, participe à un coup d’Etat qui l’installe à la présidence du Mali.

Dans la même année, le 31 décembre 1968, le capitaine Marien Ngouabi devient président de la République du Congo après un coup d’Etat.

Le 18 mars 1977, le Président Marien Ngouabi est assassiné. Le 3 avril 1977, le Comité Militaire du Parti communique sa structure définitive, Joachim Yhombi-Opango, général de l’armée congolaise en est le numéro un et devient le quatrième président de la République du Congo.

Le 26 mars 1991, un coup d’État militaire renverse Moussa Traoré. Le Comité de transition pour le salut du peuple s’installe au pouvoir avec pour président de transition malienne le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré.

Le 25 octobre 1997, le général Denis Sassou-Nguesso se proclame président de la République après quatre mois de conflit violent, tuant plusieurs civils et congédiant le pouvoir légal dirigé par Pascal Lissouba.

Le 22 mars 2012, la junte militaire malienne menée par le capitaine Amadou Haya Sanogo annonce le coup d’Etat à la télévision. Le Président légal de la République Amadou Toumani Touré est démis de ses fonctions. Le capitaine Amadou Haya Sanogo se déclare Président sous couvert du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE).

Ainsi énumérés, les coups d’Etat relèveraient de la seule raison de l’armée d’investir le pouvoir. Et pourtant, à chaque fois, l’armée prétend sauver la démocratie, restaurer l’Etat, protéger le peuple devant l’incapacité des politiques à gérer le pays et leur défaillance manifeste à combattre la corruption dans laquelle eux-mêmes sont plongés.

Arrêtons-nous un moment sur le cas du Mali. De janvier à avril 2012, les rebelles touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) mènent une guerre acharnée de scission contre les forces loyalistes maliennes qui battirent en retraite, laissant les rebelles proclamer l’indépendance de l’Azawad le 5 avril 2012 et abandonnant la population de ces régions à leur triste sort.

Mahmoud Alpha Maïga dans un article du 10 mars intitulé « Devoir d’agression : lettre ouverte au Président de la République » publié dans Mali Demain, dénonçait d’un ton virulent le choix politique du président de la République Amadou Toumani Touré. Selon lui, le président Amadou Toumani Touré avait consciemment appauvri l’armée des outils de combats et a livré « en pâture une si belle partie du Mali à une soldatesque sans âme, ni culture, à des hordes barbares, de mercenaires dont l’histoire est connue… à une bande de voyous (…) », et de déduire que « le confort de la drogue avec ses milliards » ne permettait point au Président de la République d’être au feu de la défense d’une patrie en danger.

A la suite, après avoir été l’un des rares journalistes maliens à infiltrer les islamistes du MUJAO qui ont combattu le MNLA le 27 juin 2012 et pris le contrôle de Gao pour étendre après leur influence sur toutes les principales agglomérations du Nord du Mali au terme des combats qui perdureront jusqu’en juillet 2012, Mahmoud Alpha Maïga, outré, écrit en mars 2013 « l’invasion du Mali par des hordes barbares en 2012 est un cas historique inédit. Ces hordes barbares, d’un côté nourries et développées en Libye de Kadhafi, et d’un autre, résidus du GIA algérien ne pouvaient que semer la mort et la destruction, le seul projet dans leur « programme ». AQMI, Mujao, Ansar Edine, MNLA, pour tout mode de production ne connaissent que la destruction et la mise à mort. Des Etats sahélo-sahariens sont visés par ces mouvements de criminels, seul le Mali de Konaré – ATT a constitué le maillon plus que faible où ils se déversèrent déjà dans les années 90. Le MNLA n’était pas né. Il verra le jour à la maturation de l’incapacité du Mali en question à s’assumer en tant qu’Etat. Le chaos était prévisible et l’évidence était là. Commerces illicites, trafics en tous genre, incurie et corruption, vénalité et passe-droits, déstructuration volontaire de l’armée feront du Mali, un « futur pays » de l’indicible et l’indéfinissable sous l’œil et la barbe de Konaré et ATT. »

Pour autant, un coup d’état militaire peut-il être justifié dans une démocratie ?

Nous remarquons que les dénonciations faites par Mahmoud Alpha Maïga ne peuvent être ignorées par le peuple tant il est la première victime d’une gestion étatique productrice de misère, d’insécurité, de pauvreté…

Si l’armée se croit dans le droit d’intervenir « politiquement » par coup d’Etat pour la liberté du peuple c’est parce qu’elle reste le seul corps constitué et organisé.

Et nous voilà contraint à revenir sur notre appel au peuple « à forger une institution nationale, un conseil social et des sages rassemblant les associations, les femmes et hommes libres, susceptibles d’être un contre-pouvoir à l’asservissement ». Le peuple doit s’unir autour d’une organisation légitime car regroupant la représentation de toutes les couches sociales et culturelles, légale car inscrite dans la constitution comme étant un observatoire de la démocratie et de la gestion des biens publics. Dès lors, cette institution a le pouvoir de démettre le mandat d’un élu ou soulever le peuple pour inviter une abrogation du mandat et provoquer des élections anticipées. Cette organisation regrouperait les sages, femmes et hommes estimés du peuple, femmes et hommes de grande expérience et de grande neutralité, les religieux, les dirigeants d’associations, les chefs des villages et des groupes sociaux (« ethnies ! »), les traditionnels et les femmes et hommes de culture. Le doyen d’âge y prendrait la direction.

Que serait, par conséquent le rôle de l’armée ?

Nous avons pu remarquer dans la liste des coups d’Etat évoqués précédemment qu’en l’espace de cinquante ans d’indépendance, aussi bien au Mali qu’au Congo Brazzaville, ne prenant l’exemple que sur ces deux pays, l’armée s’est imposée dans des coups d’Etat, à chaque fois que le peuple a choisi la démocratie, avec pour conséquence la montée de l’insécurité, la destruction des infrastructures publiques, la désorganisation de l’administration, les pénuries diverses, la déconstruction de l’Etat de droit et l’installation de la dictature militaire.

Si nous admettons que le rôle de l’armée est d’assurer la sécurité du peuple face aux ennemis extérieurs, il semble alors rationnel que les frontières soient en permanence repoussées par une logique d’alliance et d’élargissement de l’armée au-delà des nations. Aussi, au lieu de mal entretenir des armées nationales complètement politisées, nous envisageons des armées régionales, interrégionales, complètement dépolitisées car vouées au seul métier de militaire.

Nous pensons en premier lieu que les armées nationales peuvent se fondre dans une armée régionale, suivant les représentations géo-historiques des peuples ou encore par rapport à des proximités frontalières géo-historiques.

Ainsi les armées du Congo Brazzaville, de l’Angola et du Congo démocratique, de la Centrafrique et du Gabon deviendraient une seule armée régionale fédérée avec un commandement supranational, de même pour le Mali, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Niger.

 

 

Les tableaux ci-dessous permettent une meilleure appréciation de ce qui précède.

tableau1

Chiffres issus du CIA World Factbook, de l’article de Wikipedia en anglais intitulé « List of countries by number of military and paramilitary personnel », ou de Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).

tableau2

Chiffres issus du CIA World Factbook, de l’article de Wikipedia en anglais intitulé « List of countries by number of military and paramilitary personnel », ou de Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).

 

Le groupement des armées congolaise, congolaise démocratique, angolaise, centrafricaine et gabonaise réunirait 275 101 militaires sur une frontière à sécuriser de 9 141 km alors que la RDC (République démocratique du Congo) seule, protège avec ses 151 251 militaires une frontière plus importante de 10 730 km.

De même le groupement des armées malienne, sénégalaise, ivoirienne, et nigérienne aurait à veiller sur une étendue frontalière de 14 518 km avec un effectif militaire de 50 670 au lieu que le Mali, le Niger et la Côte d’Ivoire aient à gérer 16 050 Km de frontière terrestre avec 29 700 militaires.

Ainsi montrée, la coalition des armées nationales clarifie l’avantage des pays à constituer une armée régionale aussi bien en moyens humains, qu’en moyens d’armement militaire et chacun des membres constitutifs y est gagnant. Mais, sauf preuve de manque de volonté politique pour inconstance démocratique et par peur de perdre la responsabilité de chef des armées, une armée régionale, non seulement permet une non agression entre membres mais aussi en cas d’usurpation du pouvoir ou de rébellion de quelques groupuscules que ce soit, il y aurait un déploiement rapide des forces militaires professionnelles pour restaurer l’ordre national.

Dès lors, il nous faut répondre à la question : Quelles constitutions pour une Afrique libre ?

Mais avant d’aborder cette question, nous souhaiterions approfondir le bénéfice d’une armée régionale sur la situation qui nourrit nos analyses, qui est celle du Mali.

Si nous nous convainquons que la France en intervenant au Nord Mali avec des hommes au sol, s’aventurait sur un terrain mal ou peu connu et qu’il lui fallait s’appuyer sur des connaisseurs ; le fait de recourir aux rebelles du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), ancien allié des islamistes poursuivis, au détriment de l’armée malienne, apparaît alors comme une stratégie malicieuse de guerre.

Par ailleurs, si la France continue à ménager les rebelles du MNLA après la libération du Mali et son unification, la lucidité nous invite à nous questionner.

Lors d’une rencontre avec les Maliens actifs dans les élections présidentielles, nous leur avons signifié que le prochain Président de la République malienne serait sous la dépendance politique du colon. L’expérience nous ouvre à penser que le maintien en bonne place du MNLA par la France est l’outil de déstabilisation auquel la France ferait recours dès lors que le Président malien manifesterait un désir de liberté.

Le colon ! De qui parlions-nous ? Lorsque la France veut maintenir un pays de ses anciennes colonies sous diktat, elle entretient deux forces militaires, une officielle et l’autre clandestine, en armant les deux. Autrement, elle organise une scission de l’armée nationale en deux forces antagonistes comme en 1997 au Congo Brazzaville, avec Pascal Lissouba, président de la République élu et le général Denis Sassou-Nguesso, exilé en France après avoir perdu le pouvoir.

Avec l’armée régionale, nous nous satisfaisons de la certitude d’empêcher l’émergence et l’implantation d’une force rebelle scissionniste, quand bien même soutenue par l’extérieur, et de la quasi-certitude de ne pas recourir à une aide militaire étrangère pour sortir un des pays membres du carcan meurtrier des islamistes ou des rebelles.

Nous nous entendons dire que la peur des dirigeants imposés à travers des élections judicieusement manipulées opposerait une résistance à cette unification régionale des armées nationales. Alors, commençons à donner sens à l’organisation du pouvoir des peuples, réunissons-nous avec les représentants des armées sensibles à la proposition et imposons aux politiques notre conception.

 Tiré de l’ouvrage MALI – LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT – Editions l’Harmattan