Quelle armée pour l’Afrique ?

 

A QUOI SERVENT LES ARMÉES NOIRES AFRICAINES ?

 PEMOT

En 1960, alors que la Fédération du Mali (regroupant le Soudan français et le Sénégal) accède à l’indépendance, Modibo Kéita, instituteur de brousse, de Bamako, de Sikasso et de Tombouctou, panafricaniste et tiers-mondiste convaincu,  est nommé chef du gouvernement. Après l’éclatement de cette fédération, le 22 septembre 1960, il proclame l’indépendance du Soudan français qui devient la République du Mali. Il en devient le président.

Le 19 novembre 1968, Moussa Traoré, militaire de carrière, participe à un coup d’Etat qui l’installe à la présidence du Mali.

Dans la même année, le 31 décembre 1968, le capitaine Marien Ngouabi devient président de la République du Congo après un coup d’Etat.

Le 18 mars 1977, le Président Marien Ngouabi est assassiné. Le 3 avril 1977, le Comité Militaire du Parti communique sa structure définitive, Joachim Yhombi-Opango, général de l’armée congolaise en est le numéro un et devient le quatrième président de la République du Congo.

Le 26 mars 1991, un coup d’État militaire renverse Moussa Traoré. Le Comité de transition pour le salut du peuple s’installe au pouvoir avec pour président de transition malienne le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré.

Le 25 octobre 1997, le général Denis Sassou-Nguesso se proclame président de la République après quatre mois de conflit violent, tuant plusieurs civils et congédiant le pouvoir légal dirigé par Pascal Lissouba.

Le 22 mars 2012, la junte militaire malienne menée par le capitaine Amadou Haya Sanogo annonce le coup d’Etat à la télévision. Le Président légal de la République Amadou Toumani Touré est démis de ses fonctions. Le capitaine Amadou Haya Sanogo se déclare Président sous couvert du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE).

Ainsi énumérés, les coups d’Etat relèveraient de la seule raison de l’armée d’investir le pouvoir. Et pourtant, à chaque fois, l’armée prétend sauver la démocratie, restaurer l’Etat, protéger le peuple devant l’incapacité des politiques à gérer le pays et leur défaillance manifeste à combattre la corruption dans laquelle eux-mêmes sont plongés.

Arrêtons-nous un moment sur le cas du Mali. De janvier à avril 2012, les rebelles touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) mènent une guerre acharnée de scission contre les forces loyalistes maliennes qui battirent en retraite, laissant les rebelles proclamer l’indépendance de l’Azawad le 5 avril 2012 et abandonnant la population de ces régions à leur triste sort.

Mahmoud Alpha Maïga dans un article du 10 mars intitulé « Devoir d’agression : lettre ouverte au Président de la République » publié dans Mali Demain, dénonçait d’un ton virulent le choix politique du président de la République Amadou Toumani Touré. Selon lui, le président Amadou Toumani Touré avait consciemment appauvri l’armée des outils de combats et a livré « en pâture une si belle partie du Mali à une soldatesque sans âme, ni culture, à des hordes barbares, de mercenaires dont l’histoire est connue… à une bande de voyous (…) », et de déduire que « le confort de la drogue avec ses milliards » ne permettait point au Président de la République d’être au feu de la défense d’une patrie en danger.

A la suite, après avoir été l’un des rares journalistes maliens à infiltrer les islamistes du MUJAO qui ont combattu le MNLA le 27 juin 2012 et pris le contrôle de Gao pour étendre après leur influence sur toutes les principales agglomérations du Nord du Mali au terme des combats qui perdureront jusqu’en juillet 2012, Mahmoud Alpha Maïga, outré, écrit en mars 2013 « l’invasion du Mali par des hordes barbares en 2012 est un cas historique inédit. Ces hordes barbares, d’un côté nourries et développées en Libye de Kadhafi, et d’un autre, résidus du GIA algérien ne pouvaient que semer la mort et la destruction, le seul projet dans leur « programme ». AQMI, Mujao, Ansar Edine, MNLA, pour tout mode de production ne connaissent que la destruction et la mise à mort. Des Etats sahélo-sahariens sont visés par ces mouvements de criminels, seul le Mali de Konaré – ATT a constitué le maillon plus que faible où ils se déversèrent déjà dans les années 90. Le MNLA n’était pas né. Il verra le jour à la maturation de l’incapacité du Mali en question à s’assumer en tant qu’Etat. Le chaos était prévisible et l’évidence était là. Commerces illicites, trafics en tous genre, incurie et corruption, vénalité et passe-droits, déstructuration volontaire de l’armée feront du Mali, un « futur pays » de l’indicible et l’indéfinissable sous l’œil et la barbe de Konaré et ATT. »

Pour autant, un coup d’état militaire peut-il être justifié dans une démocratie ?

Nous remarquons que les dénonciations faites par Mahmoud Alpha Maïga ne peuvent être ignorées par le peuple tant il est la première victime d’une gestion étatique productrice de misère, d’insécurité, de pauvreté…

Si l’armée se croit dans le droit d’intervenir « politiquement » par coup d’Etat pour la liberté du peuple c’est parce qu’elle reste le seul corps constitué et organisé.

Et nous voilà contraint à revenir sur notre appel au peuple « à forger une institution nationale, un conseil social et des sages rassemblant les associations, les femmes et hommes libres, susceptibles d’être un contre-pouvoir à l’asservissement ». Le peuple doit s’unir autour d’une organisation légitime car regroupant la représentation de toutes les couches sociales et culturelles, légale car inscrite dans la constitution comme étant un observatoire de la démocratie et de la gestion des biens publics. Dès lors, cette institution a le pouvoir de démettre le mandat d’un élu ou soulever le peuple pour inviter une abrogation du mandat et provoquer des élections anticipées. Cette organisation regrouperait les sages, femmes et hommes estimés du peuple, femmes et hommes de grande expérience et de grande neutralité, les religieux, les dirigeants d’associations, les chefs des villages et des groupes sociaux (« ethnies ! »), les traditionnels et les femmes et hommes de culture. Le doyen d’âge y prendrait la direction.

Que serait, par conséquent le rôle de l’armée ?

Nous avons pu remarquer dans la liste des coups d’Etat évoqués précédemment qu’en l’espace de cinquante ans d’indépendance, aussi bien au Mali qu’au Congo Brazzaville, ne prenant l’exemple que sur ces deux pays, l’armée s’est imposée dans des coups d’Etat, à chaque fois que le peuple a choisi la démocratie, avec pour conséquence la montée de l’insécurité, la destruction des infrastructures publiques, la désorganisation de l’administration, les pénuries diverses, la déconstruction de l’Etat de droit et l’installation de la dictature militaire.

Si nous admettons que le rôle de l’armée est d’assurer la sécurité du peuple face aux ennemis extérieurs, il semble alors rationnel que les frontières soient en permanence repoussées par une logique d’alliance et d’élargissement de l’armée au-delà des nations. Aussi, au lieu de mal entretenir des armées nationales complètement politisées, nous envisageons des armées régionales, interrégionales, complètement dépolitisées car vouées au seul métier de militaire.

Nous pensons en premier lieu que les armées nationales peuvent se fondre dans une armée régionale, suivant les représentations géo-historiques des peuples ou encore par rapport à des proximités frontalières géo-historiques.

Ainsi les armées du Congo Brazzaville, de l’Angola et du Congo démocratique, de la Centrafrique et du Gabon deviendraient une seule armée régionale fédérée avec un commandement supranational, de même pour le Mali, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Niger.

 

 

Les tableaux ci-dessous permettent une meilleure appréciation de ce qui précède.

tableau1

Chiffres issus du CIA World Factbook, de l’article de Wikipedia en anglais intitulé « List of countries by number of military and paramilitary personnel », ou de Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).

tableau2

Chiffres issus du CIA World Factbook, de l’article de Wikipedia en anglais intitulé « List of countries by number of military and paramilitary personnel », ou de Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).

 

Le groupement des armées congolaise, congolaise démocratique, angolaise, centrafricaine et gabonaise réunirait 275 101 militaires sur une frontière à sécuriser de 9 141 km alors que la RDC (République démocratique du Congo) seule, protège avec ses 151 251 militaires une frontière plus importante de 10 730 km.

De même le groupement des armées malienne, sénégalaise, ivoirienne, et nigérienne aurait à veiller sur une étendue frontalière de 14 518 km avec un effectif militaire de 50 670 au lieu que le Mali, le Niger et la Côte d’Ivoire aient à gérer 16 050 Km de frontière terrestre avec 29 700 militaires.

Ainsi montrée, la coalition des armées nationales clarifie l’avantage des pays à constituer une armée régionale aussi bien en moyens humains, qu’en moyens d’armement militaire et chacun des membres constitutifs y est gagnant. Mais, sauf preuve de manque de volonté politique pour inconstance démocratique et par peur de perdre la responsabilité de chef des armées, une armée régionale, non seulement permet une non agression entre membres mais aussi en cas d’usurpation du pouvoir ou de rébellion de quelques groupuscules que ce soit, il y aurait un déploiement rapide des forces militaires professionnelles pour restaurer l’ordre national.

Dès lors, il nous faut répondre à la question : Quelles constitutions pour une Afrique libre ?

Mais avant d’aborder cette question, nous souhaiterions approfondir le bénéfice d’une armée régionale sur la situation qui nourrit nos analyses, qui est celle du Mali.

Si nous nous convainquons que la France en intervenant au Nord Mali avec des hommes au sol, s’aventurait sur un terrain mal ou peu connu et qu’il lui fallait s’appuyer sur des connaisseurs ; le fait de recourir aux rebelles du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), ancien allié des islamistes poursuivis, au détriment de l’armée malienne, apparaît alors comme une stratégie malicieuse de guerre.

Par ailleurs, si la France continue à ménager les rebelles du MNLA après la libération du Mali et son unification, la lucidité nous invite à nous questionner.

Lors d’une rencontre avec les Maliens actifs dans les élections présidentielles, nous leur avons signifié que le prochain Président de la République malienne serait sous la dépendance politique du colon. L’expérience nous ouvre à penser que le maintien en bonne place du MNLA par la France est l’outil de déstabilisation auquel la France ferait recours dès lors que le Président malien manifesterait un désir de liberté.

Le colon ! De qui parlions-nous ? Lorsque la France veut maintenir un pays de ses anciennes colonies sous diktat, elle entretient deux forces militaires, une officielle et l’autre clandestine, en armant les deux. Autrement, elle organise une scission de l’armée nationale en deux forces antagonistes comme en 1997 au Congo Brazzaville, avec Pascal Lissouba, président de la République élu et le général Denis Sassou-Nguesso, exilé en France après avoir perdu le pouvoir.

Avec l’armée régionale, nous nous satisfaisons de la certitude d’empêcher l’émergence et l’implantation d’une force rebelle scissionniste, quand bien même soutenue par l’extérieur, et de la quasi-certitude de ne pas recourir à une aide militaire étrangère pour sortir un des pays membres du carcan meurtrier des islamistes ou des rebelles.

Nous nous entendons dire que la peur des dirigeants imposés à travers des élections judicieusement manipulées opposerait une résistance à cette unification régionale des armées nationales. Alors, commençons à donner sens à l’organisation du pouvoir des peuples, réunissons-nous avec les représentants des armées sensibles à la proposition et imposons aux politiques notre conception.

 Tiré de l’ouvrage MALI – LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT – Editions l’Harmattan

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