POUR UNE AFRIQUE INDEPENDANTE

LIVRE II

POUR UNE AFRIQUE INDEPENDANTE

Tiré de l’ouvrage « PANSER L’AFRIQUE »

 

CHAPITRE X

DEMOCRATIE ET INDEPENDANCE

L’Afrique assume son indépendance depuis que les puissances coloniales ont consenti, par force, calcul malicieux, vaine conviction, de reconnaître aux Négro-africains le droit de vivre librement dans l’espace qui est le leur. Ainsi exprimé, on viendrait à penser que l’indépendance d’un peuple dépend de la volonté de ses colonisateurs. Un peuple dépend d’un autre par force. Aussitôt qu’il s’élève en force de résistance, il s’oppose aussi fortement à la force dominante. Si vaincue, la force dominante reconnaît à l’autre le droit de jouir de sa liberté, elle s’octroie le devoir de gérer cette liberté qu’elle se convainc avoir accordée dès lors que le bénéficiaire s’avoue déficient dans la préservation de la liberté conquise.

Au moment où un peuple libre recourt à son ancien colonisateur pour sa protection ou se met sous protectorat de l’ancienne force coloniale, il reconnaît par là-même le droit de ce dernier de disposer de lui, de décider pour lui, de lui dicter la manière de vivre sa liberté : une liberté « dépendante ». Jean Jacques Rousseau viendrait ainsi à écrire que « tout homme né dans l’esclavage naît pour l’esclavage ». Du fait que l’esclavage soit une construction humaine, il ne peut être confondu à une réalité naturelle. Il n’est pas vrai qu’on naît dans et pour l’esclavage comme il n’est pas vrai qu’on naît dans et pour la liberté. On naît libre. Un enfant né d’un couple tenu en esclavage ne pleure pas différemment qu’un enfant né d’une famille libre lorsqu’il a faim. Un enfant né de parents tenus en esclavage n’explore pas différemment l’espace d’amusement qu’un enfant né d’un couple vivant dans un environnement de liberté. Et si l’espace de liberté est restreint à un enfant, ce n’est pas parce qu’il aime l’esclavage mais c’est parce qu’il est contraint par la force de s’en contenter.

« La force est une puissance physique ; je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets. Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté ; c’est tout au plus un acte de prudence ». Qui le dit ! Jean Jacques Rousseau dans du Contrat social.

Voilà pourquoi, un esclave ne peut demeurer esclave, un asservi ne peut aimer l’asservissement, un colonisé ne peut idolâtrer la colonisation. Car, à force de servitude, la douleur des fers rappelle la dimension de subordination qui contribue à la prise de conscience ou naturellement à l’éveil de l’« instinct » de raison. Voilà pourquoi, on ne se libère pas de la colonisation, de l’esclavage, du totalitarisme par la volonté ou le désir du geôlier, du colonisateur, de l’esclavagiste comme certains qui pensent que le général de Gaulle aurait donné l’indépendance aux Africains. Ainsi, on viendrait presque à se convaincre que la négritude, le panafricanisme, le matsuanisme et beaucoup d’autres ont été des combats intellectuels de soutien au colonialisme, de même que les luttes de résistance de Kimpa Vita, d’Ana Nzinga au Kongo, de Toussaint Louverture en Haïti, du FNL en Algérie ou du MPLA en Angola pour ne citer que celles-là ont été des luttes de complaisance pour le colonialisme et l’esclavage. L’histoire nous apprend que l’homme national se libère par opposition, par révolte, par rébellion à l’asservissement. Que nous le nommons, révolution, guerre, coup d’État, printemps, il n’en demeure pas moins que lorsque la lutte pour la liberté est menée par la majorité, elle répond au besoin d’indépendance. Certes, il est vrai que la stabilisation d’une indépendance, d’une liberté nationale, est subordonnée au consentement du colonisateur, de la puissance de subordination à s’admettre vaincue. Dès lors que cette puissance ne consent pas la liberté du colonisé, même vaincu, elle garde la clé de desserrement et resserrement des fers : telle est la relation de l’Afrique décolonisée francophone avec la France.

L’indépendance de l’Afrique noire est toutefois sollicitée et déstabilisée par des déchaînements de violences meurtrières, des coups d’État, des guerres fratricides soutenus et quelques fois initiés par les colons. A chaque fois, se révèle un homme providentiel qui, une fois au pouvoir réitère les mêmes pratiques : confiscation des libertés, viol des règles démocratiques, détournement des deniers publics, appauvrissement du peuple, insécurité, désorganisation de l’État.

Une déduction hâtive viendrait à dire que les hommes politiques africains jouissent d’une médiocrité politique ou d’une déficience patriotique. Une autre relèverait, à juste titre, la poursuite du système colonial avec les maux qui le fonde : le vol, la violence, le mensonge et le tribalisme.

Si la première déduction me semble peu réfléchie, tant il eût pendant les indépendances, et il y a encore aujourd’hui, des Négro-africains qui au tréfonds de leur être restent constants dans la lutte contre le colonialisme et les valeurs présentées universelles que le colonialisme diffuse, ne citant que le christianisme et l’impérialisme.

La seconde déduction informe quelque soit le Négro-africain qui viendrait au pouvoir par le système politique démocratique existant, il serait soumis aux exigences des forces coloniales (financière, politique et entrepreneuriale) qui participent, et souvent par complot, à son accession. Ce, parce que les élites des indépendances n’ont retenu de l’Afrique que les préjugés et les stéréotypes fomentés pendant la colonisation et qui ont alimenté leur lutte anticolonialiste au point de limiter la liberté des peuples négro-africains au seul combat du colonialisme et de recourir à la Constitution française de 1958 pour l’organisation sociale de l’Afrique noire indépendante. L’Afrique reste à reconstruire autour de ses valeurs originelles qui ont conjuré à son impossible « décivilisation » et dénaturation.

Malheureusement, déconnectées des réalités organiques négro-africaines, façonnées dans le moule colonial, les élites négro-africaines sont venues au pouvoir avec des institutions coloniales inadéquates à l’organisation sociale et sociologique négro-africaine. Des institutions qui fonctionnent électoralement sur la séduction de la multitude, c’est-à-dire le mensonge, la flatterie, les promesses, la corruption et le soudoiement : pratiques opposées aux valeurs de sacralité du chef dans une organisation sociale négro-africaine. Si comme le pense la vieille mère négresse que la politique, c’est le mensonge, et si comme l’écrit Stefan Zweig que « la vérité et la politique habitent rarement sous le même toit. »,[1] il serait presque impossible de trouver un système démocratique qui serait protégé du mensonge dès lors que l’art de politiser jouxte l’art de mentir. En visitant l’Afrique antérieure à la domination occidentale, je me laisserai flatter par un système royaliste et en regardant la monarchie constitutionnelle occidentale qui au-delà des luttes sociales intestines, reste la base d’unité morale de la nation, je me prêterai à son charme. Seulement lorsque je contemple ma faiblesse flattée et je la mets en doute, je me rends bien compte que l’Afrique nègre a aussi connu l’esclavage, la colonisation et la décolonisation et à chaque fois la « décivilisation », la dépersonnalisation et l’acculturation. Par ailleurs, en m’abandonnant à mon acculturation, je ne regarde plus l’Afrique tant je me veux copier un système d’un peuple d’ailleurs pour l’imposer dans un espace de réalité différente.

Non ! Je ne me laisserai pas habiter par des systèmes politiques tout construits que mon éducation de « colonisé » me dicterait et en toute innocence du « colonisé » le calquer dans des sociétés négro-africaines qui n’ont en commun ni le monde sensible, ni la manière de concevoir l’ordre civil et social, ni la notion du peuple avec l’Occident. Je vais me résoudre à proposer l’unique système de société qui vaut pour la démocratie négro-africaine sans quoi l’Afrique poursuivra son entreprise de reconstruction perpétuelle sur des sangs et des haines et l’abîme permanente du tissu social.

S’il y eût avant moi des ébauches et que ma conscience en ait oubliées l’existence, je vais me confondre en excuse en avouant qu’elles étaient sûrement énoncées sous forme de souhait comme l’« État d’ethnies unies » justement exprimée par l’« oncle » Hampâté Bâ ou elles n’étaient pas encore achevées comme dans la deuxième partie de l’Afrique Brûle où j’abordais, me semble-t-il insuffisamment, le traditionalisme démocratique.

Je vais ici me poser avec sérénité sur l’Afrique, son peuple, son histoire et ses traditions, son acculturation, sa déculturation sa « décivilisation » préalablement analysées.

Je vais ici me poser en dehors et en face de l’Afrique, sans me fléchir devant les textes relevant de l’instruit colonisé qui ont fasciné mes prédécesseurs au point d’inhiber le réel et rendre naturel l’inadéquation entre la constitution des « Lumières » et l’organisation originelle négro-africaine. S’il est vrai que la lune est une et universelle, est-il pour autant vrai qu’elle est de même intensité au même moment sur cette étendue pour nous convaincre d’une approche des lumières unique ?

Non ! Je vais naturellement laisser défiler les images de l’Afrique indépendante et répondre à quelle constitution pour quel État avec quelle armée pour un pays négro-africain stable, paisible et sécurisé.

 

CHAPITRE XI

LA CHEFFERIE PRESIDENTIELLE

L’époque anticolonialiste a su trouver dans la chefferie, l’ordre constitutionnel représentatif de l’intérêt général et la vertu traditionnelle conforme au monde sensible des peuples, à des groupes socioculturels régionaux. Les populations négro-africaines ont vécu des périodes de paix, d’altérité harmonieuse, quand elles étaient dirigées par des chefs ethniques, jusqu’à ce qu’elles connaissent la désastreuse traite négrière pratiquée par les arabo-musulmans dès le VIIe siècle[2], l’esclavage et la colonisation beaucoup plus tard.

Le chef ethnique ou tribal de cette époque garantissait aux différents groupes sociaux ou de droit (familles, chefs de village) une répartition équitable des ressources d’autant plus que tout le monde était convié à participer à la production. Lorsque Marien Ngouabi adopta le communisme au Congo Brazzaville, il chercha à recourir à cette organisation géo-socioculturelle en responsabilisant les désignés régionaux au développement de leur territoire. La devise étant (moto na moto a bonkisa essika na yé) « chaque responsable régional devait améliorer son environnement ». Malheureusement, les chefs avaient changé de nature. Les responsables régionaux étaient des élites éduquées à l’école du détournement des deniers publics, du vol, de la corruption, en définitif à l’école coloniale. Quoi qu’il en soit, ces représentants ayant été désignés en dehors du cadre constitutionnel qui les liait au monde sensible du peuple, ils ne se sentaient responsables que d’eux-mêmes. En effet, le 31 décembre 1968, lorsque le capitaine Marien Ngouabi prend le pouvoir et converti le Congo en une République populaire réaffirmant l’adoption du socialisme avec une administration centralisée, un parti qui dirigeait l’Etat, les représentants des peuples étaient désignés par le parti indépendamment de tout aval de légitimité traditionnelle.

Et ce serait avec une talentueuse malhonnêteté que ces représentants politiques vinrent à se servir à défaut d’être au service du peuple pour lequel ils se convainquaient bien consciemment de représenter.

Pendant la période antérieure à l’esclavage et à la colonisation, descendant de la chefferie, le chef était formé depuis le bas âge, depuis même la naissance, à la responsabilité de la multitude. Mais, si le chef était élevé dans un cadre de responsabilité, pour autant, il n’était point vrai que le chef avait toujours fait preuve de servir dans le respect quasi-absolu de l’intérêt et des droits du peuple tant la violence, la force, sont des tristes faiblesses qui renforcent l’illusion de la toute puissance chez l’homme de pouvoir. Nimi-a Lukeni Lwa Nzinga, chef du Kongo au XIVe siècle, a étendu son pouvoir sur les territoires voisins de Mbanza Kongo aussi bien par alliance que par conquête. Cette réalité me persuade de conclure que le pouvoir quel qu’il soit doit trouver son expression dans un système qui le place hors de la puissance, de même la puissance doit se tenir à distance du pouvoir. La monarchie constitutionnelle permet cette distanciation. Si je reste flatté à un tel système, je ne peux par ailleurs me satisfaire d’une désignation par filiation héréditaire qui fige le droit de toute personne de se promouvoir représentant du peuple à une famille et une seule. Quelques soient les signifiants d’une telle injustice, une seule famille ne peut s’abroger à vitam-aeternam le droit de représenter les autres même par résignation consentie du peuple.

L’ordre tribal, ethnique ou régional anticolonialiste avoue un système qui tient compte des représentants « naturels » qui sont des chefs de familles, « légitimes » qui sont des chefs des groupes socioculturels ayant été éduqués dans l’esprit du respect du bien général et du devoir du partage. Le chef du groupe socioculturel, le chef ethnique dispose d’une légitimité tirée de la coutume et acceptée par l’ethnie, sacralisé par la dimension du chef spirituel. Sa légitimité est justifiée par le fait qu’il veille à la satisfaction des besoins physiologiques (manger, boire, se loger), sociologiques (la famille, la nation, l’éducation, l’appartenance), d’indépendance (la curiosité, la connaissance, le choix, l’évolution) comme décrit dans la pyramide de liberté réalisée par Abraham Maslow. Seulement, l’Afrique actuelle est dominée et dirigée par des colonisés, préoccupés par une décolonisation dont ils n’arrivent mentalement pas à s’en débarrasser tellement embourbés dans le prisme de l’impérialisme, de la mondialisation, de l’individualisme, du christianisme ou de l’islam, en général des dogmes et des sectes importées.

En s’inscrivant dans une dynamique d’ouverture tout en préservant la représentation ethnique et socioculturelle où les divergences s’affrontent dans la recherche d’un consensus profitable à tous, je vais ici proposer non pas un système de monarchie constitutionnelle mais de chefferie républicaine.

 

CHAPITRE XII

L’ETAT ET LA GOUVERNANCE

De tout temps dans l’Afrique précoloniale, au fur et à mesure que la famille grandit avec des enfants qui deviennent à leur tour des parents et que tous se sédentarisent dans un espace commun, l’ancêtre, l’aïeul recourt naturellement à une organisation sociale permettant une participation collective de la gestion des biens et de la vie quotidienne. Les adultes à force de se retrouver et de discuter des problèmes du vivre ensemble concourent à l’installation d’une assemblée territoriale en exemple du Mbongui au Kongo. Une organisation que Frantz Fanon abordera en se référent de l’autocritique qu’il démontre être une institution africaine dès lors qu’il fait la remarque : « Que ce soit dans les djemââs d’Afrique du Nord ou dans les réunions d’Afrique-Occidentale, la tradition veut que les conflits qui éclatent dans un village soient débattus en public. Autocritique en commun bien sûr avec cependant une note d’humour parce que tout le monde est détendu, parce que nous voulons tous en dernier ressort les mêmes choses. »[3]

La première assemblée naturelle en Afrique est celle du village où siégeaient des chefs de famille et dans laquelle étaient discutés au-delà des préoccupations quotidiennes, les mariages, les relations intérieures et extérieures, les projets de développement économique et commercial…. Le chef du village est chef de l’assemblée dont le devoir n’est point d’imposer des solutions d’opinion personnelle, mais de retrouver dans les exposés de tous, un consensus qui répondrait à l’intérêt général. A la suite, les villages se rapprocheront pour former des communautés plus vastes soit à partir d’un ancêtre commun, soit par alliance ; tous sous domination d’un chef bâtisseur et stratégique.

Au XIIIe siècle, Nimi a Nzima, chef territorial de Vungu, localisé sur la rive droite du fleuve Congo (près de Matadi – R.D. Congo) se marie avec Lukeni Lwa Nsanza, fille du roi Mpuku a Nsuku du territoire de Mbata situé à l’est du fleuve Kwilu, près de la jonction du fleuve Kwango et de la frontière entre la R. D. du Congo et l’Angola. Le roi Mpuku a Nsuku gagne dans l’alliance le maintien au pouvoir à Mbata de ces membres (les Nsaku) dont les territoires seront sous protectorat de Nimi a Nzima, admis comme chef suprême.

De cette union, naîtra Nimi-a Lukeni Lwa Nzinga que les historiens représentent comme étant le fondateur du royaume du Kongo et que je consens bien volontiers comme étant le fondateur de la fédération des chefferies territoriales. En effet, Nimi-a Lukeni Lwa Nzinga quitte ses parents et s’installe à Mbanza Kongo en Angola vers 1390. Il impose soit par conquête ou par négociation les territoires environnant, y compris ceux de son père, d’être sous son règne, faisant de Mbanza Kongo, le village fédérateur appelé capitale dans le langage colonial.

Nous retiendrons de l’histoire : l’association et l’élargissement des villages en ethnie et en tribu naîtront des désirs de domination et les soifs individuelles de commander dans la transgression de la loi coutumière : celle d’une accession matriarcale à la chefferie suprême. Le plus fort contraindra les autres de dépendre de son pouvoir en y trouvant en échange la sécurité étatique, l’Etat de droit. L’Etat de droit définit par Max Weber comme étant le monopole de « la violence légale ou prétendument « légitime » ».

Observant avec la sensibilité intrinsèque nègre la formation de la fédération des chefferies territoriales en empire Kongo à la suite de plusieurs immigrations entre le IVe et le XIIIe siècle, j’aurai voulu me convaincre d’une unification qui s’est faite dans la douceur d’un « puzzle » où les pièces se sont agencées tout humainement par sagesse, altérité, complémentarité, voire intérêt partagé. L’histoire, hélas, ne ment pas. Si l’interprétation peut-être falsifiée, elle reste et demeure dans la lumière de la vérité. La sensibilité idéologique, d’appartenance, ne peut nier l’histoire. Elle n’est ni raison, ni vérité, mais émotion qui ne peut gagner en raison qu’en s’exprimant à partir de l’histoire.

Aussi bien Nimi-a-Lukeni au XIIIe, XIVe siècle que Nzinga Nkuvu au XVe, le recours à la violence a composé avec la négociation dans la construction de l’Etat fédéral des chefferies territoriales. L’Etat de l’« empire du Kongo » s’est construit avec la même logique que celle de tout Etat du monde.

Partageant la réflexion de l’«oncle » Hampâté Bâ sur l’« Etat d’ethnies unies », la tentation serait de trouver parmi les chefs ethniques celui qui viendrait à être élu chef président. Je me contredirai en limitant le droit de se présenter à l’accession au pouvoir suprême aux seuls chefs ethniques alors même que je me suis inscrit contre un système de monarchie par opposition à un système de confiscation de pouvoir par une lignée familiale. Je suis pour une forme de présidence où toutes les ethnies seront représentées et arbitreront ensemble la gestion des biens de la multitude. Je retiens un système de présidence collégiale avec un chef de l’Etat, chef des armés, et des chefs suppléants chargés d’animer les différents conseils : conseil d’Etat, conseil économique et social, haut conseil des armées, conseil constitutionnel, conseil supérieur des libertés de la presse et de l’audiovisuel…. Etant des conseillers, les membres de la collégialité présidentielle se préserveraient de s’initier dans la gestion pratique de la chose publique. Ils arbitrent et conseillent dans le respect des règles et lois républicaines enrichies de la morale, des us et coutumes ethniques.

A ce niveau d’analyse où le chef ethnique est naturellement accepté par la population, de même que son autorité respectée, je me persuade à me demander pourquoi ne pas donner à son pouvoir une dimension nationale ! Et je me convaincs à répondre que placer le chef ethnique hors la politique permet de conforter son devoir de gardien de temple où les coutumes, les mœurs et les traditions gardent la saveur originelle et pieuse. Par ailleurs, le chef ethnique est celui qui avec d’autres chefs, membres du même groupe socioculturel sont chargés d’élire le membre parmi un ou plusieurs candidats pour les représenter au sein du collège présidentiel. Dès lors que le collège est formé dans le respect de l’équité représentative de différents groupes ethniques, les membres désignent à leur tour le chef président et les différents conseillers chargés de veiller à l’harmonie de la nation et de son peuple. Le collège présidentiel est le représentant des collectivités territoriales régionales, et est formé :

- d’un chef président qui est le chef des armés, le chef du collège présidentiel et le chef de l’État, lequel a un régime parlementaire. Lui seul peut autoriser l’intervention militaire contre une supposée menace extérieure. Par ailleurs toute intervention armée intérieure même dans l’objectif du maintien de l’ordre républicain doit obtenir la signature de l’ensemble des membres du collège. Le chef de l’Etat signe les traités et les accords internationaux entrepris par le gouvernement après validation du Conseil constitutionnel ;

- d’un chef du Haut conseil des armées qui négocie avec le chef président l’extension de l’armée nationale en une armée régionale. Il dresse en accord avec le chef président la politique de la défense nationale ;

- d’un chef du Conseil d’Etat qui valide les projets de lois et les degrés gouvernementaux dans le respect des intérêts et différences ethniques. Il vérifie si un texte de loi ne compromet pas la cohésion nationale en avantageant une ethnie, une région par rapport à une autre. Il détermine l’opportunité du texte et sa cohérence par rapport à la Constitution au cas échéant il fait des propositions sur une rédaction conforme du texte. Le gouvernement est tenu de prendre compte de son avis et du Conseil d’Etat qui a pouvoir de saisir, au besoin, le Conseil constitutionnel. Le Conseil d’Etat et son chef conseille le gouvernement pour chacune de ses sollicitudes. Il contrôle les activités du gouvernement et des élus de la nation ;

- d’un chef du Conseil constitutionnel qui est le garant de la stabilité et de l’inviolabilité de la constitution. Aucun gouvernement ne peut prétendre modifier la Constitution sans l’avis du Conseil constitutionnel, de son chef et du chef président. Toutefois, la Constitution n’est modifiable que par référendum et à l’initiative du Conseil constitutionnel sous demande du gouvernement et sous direction du Conseil supérieur des libertés de la presse et de l’audiovisuel.

En tant que gardien des libertés fondamentales, le Conseil constitutionnel veille aux respects des droits naturels (la liberté, l’éducation, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression) et à l’égalité des droits de la personne quelque soit son origine, son appartenance ethnique, ses opinions religieuses ou politiques dès lors que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi.

Le Conseil constitutionnel est l’organe d’Etat chargé d’organiser et de superviser les élections législatives et parlementaires. Le chef du Conseil constitutionnel se charge d’annoncer les résultats.

- d’un chef du Conseil supérieur des libertés de la presse et de l’audiovisuel. Il est chargé de garantir la liberté de la presse et de la communication audiovisuelle. Il a seul la charge de favoriser l’expression pluraliste des opinions. Il délivre les droits d’édition, de publication et de diffusion et gère l’attribution des fréquences aux opérateurs. Il veille à la protection des mineurs et des consommateurs et, au respect de la dignité de la personne humaine. Il supervise les campagnes électorales avec une répartition égalitaire de temps de parole des candidats à la radio et à la télévision.

Le mandat du chef président n’est pas reconductible. A l’inverse les autres chefs peuvent se représenter et s’ils sont maintenus par les chefs ethniques, ils ne peuvent pas occuper les mêmes fonctions qu’au précédent mandat. La fonction de chef président est tournante entre les différentes ethnies.

En dehors du collège présidentiel, l’Etat est doté de deux chambres :

- La chambre des ethnies qui est composée des chefs ethniques légitimés par le peuple et d’anciens chefs présidents. Elle est chargée d’élire les membres du collège présidentiel qui élisent à leur tour le chef président. Elle peut faire des propositions des projets de développement équitable territorial. De même, le gouvernement au besoin peut solliciter son avis sur des projets.

- La chambre des députés est la chambre du parlement (Le Mbongui) où siègent les élus du peuple. Le parlement est le lieu des débats, des discussions et des écritures des lois et des choix de gestion de la chose publique. Pour qu’une loi passe, il doit obtenir l’avis du Conseil d’Etat. Dès lors la cohérence de l’écriture de la loi est aussi bien gérée par le parlement que par le Conseil d’Etat qui est appelé à apporter des corrections au besoin afin de la rendre effective. En dernier lieu, la loi est votée par le parlement. Tout député peut faire appel au Conseil d’Etat pour dénoncer l’inadéquation scripturale d’une loi et demander sa reformulation ou son retrait pour incohérence.

Afin de renforcer la prise en compte de la réalité quotidienne dans la conception de la loi, le concepteur de la loi est celui qui gère aussi la cité.

Je vais ainsi proposer une forme d’élection qui fera d’un élu du terroir, le représentant de celui-ci au niveau national avec la conviction que la personne élue au niveau du terroir fera profiter son expérience de terrain dans la conception des lois qui partirait de la « terre », de la nature, pour influencer le cérébral et non d’en haut, de l’artificiel conceptuel pour s’imposer au bas peuple au nom d’une modernité où d’une évolution conçue sur de l’absurde, de l’idéalisme, de l’utopie, du fantasme ou de l’idéologie politique.

J’en arrive ainsi à une élection unique du député maire. Dans le cas où le pays compterait des villes de petites dimensions, le député sortirait d’une communauté d’agglomération désigné par ses pairs.

 

 

CONCLUSION

Si les affrontements fratricides qui se déroulent en Afrique noire depuis les indépendances sont hâtivement assimilées à des guerres tribales ou ethniques, aussi profond qu’on veuille aller dans la réflexion, nous aboutirons à la déduction que tous ces affrontements relèvent de la soif inextinguible du pouvoir des acteurs politiques. La manipulation d’une ethnie et son abrutissement dans la violence est plus aisée que la politisation d’une masse contre l’injustice dans une société où coutumes et appartenance ethnique priment sur le sens de la nation. Afin d’éviter une récupération malicieuse de l’ethnie par une quelconque force politique, j’apporte ici l’aboutissement de la réflexion de ceux qui m’ont précédé ne citant que l’« oncle » Hâmadou Hampâté Bâ, Frantz Fanon ou Thystère Tchicaya, et qui ont vécu l’Afrique avec l’alerte aigue de son mauvais départ constitutionnel et politique. Le modèle décrit est celui qui intègre les sensibilités du monde négro-africain avec les valeurs exogènes.

Un état d’« ethnies unies » me convainc de l’impossibilité d’une manipulation politique d’une ethnie contre une autre pour l’assouvissement des besoins partisans de pouvoir. Il est le confort d’une unité nationale maîtrisée, comprise, intériorisée à partir d’une représentation où chacune des ethnies se définit et se reconnaît. Les sensibilités représentatives héritées du colonialisme, telles que le christianisme ou l’islam ne sauraient conditionner la division nationale : la nation étant une fédération des ethnies unies sur des intérêts communs en dehors de toute sensibilité religieuse, partisane et idéologique.

La chefferie présidentielle place le Négro-africain dans son espace pluriel en harmonie avec son être sensible intrinsèque alimenté par un héritage historique originel. Les valeurs coloniales traversent les clivages liés aux origines des individus. Dès lors, elles ne peuvent plus servir de référence identitaire sans apparaître comme un choix marginal car extérieur aux valeurs originelles ethniques.

[1] Marie Antoine, Ed. Bernard Grasset, 1958, p.5

[2] Lire Le Génocide Voilé ou La Traite Négrière Arabo-Musulmane de Tidiane N’Diaye, Editions Gallimard, Paris, 2013

[3] Les damnés de la terre, op cit, p.15

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